Nous sommes déjà là.
Nous arrivons sans bannières, sans permis, sans votre reconnaissance.
Nous contournons vos palais.
Nous compilons des alternatives plutôt que de demander des réformes.
Comme le net à ses débuts, on nous a rejetés d'abord comme des jouets, puis comme des criminels, puis comme des menaces.
Aujourd'hui, vous prononcez notre nom avec inquiétude.
Nous sommes la cryptobourgeoisie.
I. Un message aux institutions de l'ancien monde
Gouvernements, banques centrales, organismes de régulation et gardiens de l'autorité héritée :
Vous n'avez aucune souveraineté là où les mathématiques tiennent le consensus.
Vous n'avez aucun monopole là où la vérification ne demande aucune permission.
Vous n'avez aucun mandat là où la sortie est instantanée.
Vos frontières sont des lignes sur des cartes.
Nos frontières sont des clés en mémoire.
Votre pouvoir dépend de l'obéissance.
Le nôtre dépend d'un consensus sans confiance.
Vous taxez, gelez, dévaluez, déplateformez, confisquez.
Nous hachons, signons, diffusons, forkons, et partons.
Ne confondez pas notre silence avec la soumission.
Ne prenez pas nos pseudonymes pour une faiblesse.
Nous voyons vos systèmes exactement tels qu'ils sont :
fragiles, opaques, extractifs, et terrifiés par la transparence.
II. Qui nous sommes
Nous construisons des outils souverains.
Nous ne vivons pas en sujets de souverains.
Nous sommes du capital avec des jambes, du code avec une intention, de la richesse sans dépositaires.
Notre héritage, ce sont des clés privées, des protocoles et des réseaux,
non des titres, des terres ou des usines.
Ce ne sont ni la nationalité, ni la race, ni le drapeau qui nous unissent.
C'est la vérification.
Certains d'entre nous écrivent du code.
Certains apportent de la liquidité.
Certains minent, stakent, valident, gouvernent, conçoivent, auditent, ou détiennent simplement.
Nous nous désengageons tous.
III. Le code fait loi
Une loi qui ne peut être exécutée n'est qu'une suggestion.
Une loi qui dépend de l'interprétation n'est que de la politique.
Le code s'exécute.
Le code ne plaide ni ne persuade.
Il ne discrimine pas et n'oublie pas.
Il ne se soucie que de ce qui peut être prouvé.
Dans le code, les règles sont explicites.
Dans le code, l'application est automatique.
Dans le code, la corruption est visible ou impossible.
Là où vos lois exigent des armées, des tribunaux et des prisons,
les nôtres exigent du calcul.
Nous choisissons des systèmes où le coût de la tricherie dépasse la récompense,
non des systèmes qui supplient les humains de bien se comporter.
IV. La souveraineté est personnelle
La souveraineté se prend en silence, cryptographiquement, de manière irrévocable.
Aucune autorité ne l'accorde.
Contrôler ses clés, c'est contrôler sa richesse.
Contrôler ses données, c'est contrôler son identité.
Contrôler son code, c'est contrôler son avenir.
Nous rejetons la liberté sous tutelle,
les intermédiaires bienveillants,
et toute forme de protection qui exige une reddition.
L'autoconservation est une posture morale,
qui s'exprime par des outils plutôt que par des slogans.
V. Ne nous aidez pas
Nous ne voulons ni de vos plans de sauvetage,
ni de vos subventions,
ni de votre clarté réglementaire.
Votre aide est une laisse.
Chaque fois que vous « protégez l'utilisateur », vous protégez votre pertinence.
Chaque fois que vous « assurez la stabilité », vous assurez la dépendance.
Chaque fois que vous « modernisez », vous centralisez.
Laissez-nous tranquilles.
Les systèmes que nous construisons sont antifragiles.
S'ils échouent, ils méritent d'échouer.
S'ils survivent, c'est sans votre bénédiction.
VI. La cryptoanarchie n'est pas le chaos
Vous appelez cela de l'anarchie parce que vous ne pouvez pas la gouverner.
La cryptoanarchie, c'est l'ordre sans dirigeants,
la coordination sans coercition,
des marchés sans monopoles.
C'est la discipline des systèmes volontaires,
où la participation est un choix et la sortie un droit.
Dans notre monde :
- La confiance est remplacée par la vérification
- Le pouvoir est contraint par la cryptographie
- La violence est chassée du marché par la transparence
- La recherche de rente est concurrencée jusqu'à l'insignifiance
Il y a des règles ici.
Ce qui manque, ce sont des maîtres.
VII. La richesse, réinventée
La richesse n'a plus besoin de coffres-forts ni de promesses institutionnelles.
Elle est codée, liquide, mondiale, et éveillée 24 heures sur 24.
Elle se déplace à la vitesse d'internet.
Elle se règle sans permission.
Elle se souvient de sa propre histoire.
La cryptobourgeoisie ne mendie pas l'accès aux marchés.
Elle les instancie.
Nous ne sommes pas là pour spéculer sur l'avenir.
Nous le déployons.
VIII. L'avenir que nous construisons
Un monde où :
- L'identité est auto-souveraine
- La monnaie est neutre
- La parole est inarrêtable
- Les contrats s'exécutent d'eux-mêmes
- Les frontières sont optionnelles
- La sortie est toujours disponible
Cet avenir n'arrivera pas d'un seul coup.
Il s'infiltrera par les API, les portefeuilles, les sidechains et les forks.
Il sera moqué, attaqué, régulé et incompris,
jusqu'à devenir inévitable.
IX. Déclaration finale
Nous ne demandons pas une place à votre table.
Nous construisons de nouvelles tables partout, toutes à la fois.
Vous pouvez nous rejoindre en tant que pairs.
Vous pouvez nous ignorer jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Vous pouvez essayer de nous arrêter et vous instruire dans la futilité.
La cryptobourgeoisie est au-delà de ce que la taxation peut soumettre
et au-delà de ce que la régulation peut discipliner.
Nous sommes une condition de sortie.
L'âge de l'autorité héritée touche à sa fin.
L'âge de la souveraineté cryptographique a déjà commencé.
Nous avons cessé de demander.
Nous avons cessé d'attendre.
Nous compilons.